| Résidence de traduction à Tadoussac
bilan
En septembre 2002, se déroulait à Tadoussac la résidence de traduction/adaptation organisée par PWM. J’y étais invité pour une dizaine de jours afin de travailler en collaboration avec Crystal Béliveau qui préparait la version anglaise de ma pièce Titanica, la robe des grands combats, Edmund C. Asher, Londres, 1968. Notre travail fut encadré par Linda Gaboriau et s’avéra, comme vous le constaterez à la lecture du présent rapport, des plus fructueux.
Un travail à deux
Titanica, à ce jour, a été traduite en allemand, en flamand (Belgique) et le sera bientôt en espagnol (Argentine). Toutefois, l’expérience de Tadoussac marquait un précédent : pour la première fois on m’invitait à prendre part activement au processus de traduction. D’abord incertain de mon rôle dans cette aventure, j’ai rapidement réalisé en quoi ma présence pouvait être importante et servir le travail de ma traductrice. L’intervention de Linda Gaboriau nous a aussi permis, à Crystal et à moi, de trouver une dynamique d’échange et de travail qui soit appropriée à nos façons de faire respectives. À travers diverses étapes de travail (lecture du texte à voix haute par l’auteur, comparaison de passages), nous sommes parvenus à avoir un véritable échange sur le texte, aussi bien sur son propos que sur sa forme, et ce toujours en tenant compte des notre objectif commun : établir une version anglaise de Titanica qui ait une résonance réelle dans la culture canadienne-anglaise.
Un cadre permettant des échanges de qualité
Le choix de Tadoussac pour la tenue de cette résidence s’est avéré des plus appropriés. À cette période de l’année, Tadoussac n’est plus envahi par les touristes et devient un cadre propice à l’isolement, la concentration et la réflexion. De plus, le côté très convivial de la maison ancestrale où nous logions facilitait l’échange et la discussion. Le fait de côtoyer aussi un autre tandem auteur/traducteur, en l’occurrence Reynald Robinson et Maureen Labonté, rendait aussi possible l’élargissement de notre réflexion sur la traduction, certains défis soulevés par les textes étant similaires.
Des acquis personnels
Ce travail minutieux sur la langue et son sens m’a aussi permis de me questionner sur mon rapport personnel à l’écriture. À quelques reprises, lors des échanges sur certains termes avec Crystal, je me suis rendu compte que j’aurais pu, dans mon propre texte, choisir des mots encore plus précis pour exprimer mon idée ou, encore, que certains termes étaient plus riches de sens que je ne le croyais. Ce type de prise de conscience, bien que quelque peu déstabilisante pour un auteur, est des plus précieuses et a été rendu possible grâce au contexte très particulier de la résidence. En effet, le rôle d’observateur/consultant dans lequel je me trouvais m’a apporté une distance face à mon texte, rendant possible des prises de conscience plus rationnelles. De même, n’ayant jamais fait de travail de traduction mais étant tenté d’expérimenter la chose un jour ou l’autre, j’ai profité de ce séjour pour chercher à mieux comprendre les enjeux du travail de traducteur. Nul doute que ces acquis me serviront dans mes projets futurs et alimenteront mes réflexions sur mon art et la façon de l’exercer.
Je tiens donc à remercier toute l’équipe de Playwrights’ Workshop Montréal pour l’organisation de cette résidence et tiens à rappeler, en guise de conclusion, à quel point ce genre d’expériences sert non seulement au rayonnement des textes, mais aussi à la formation des artisans, qu’ils soient auteurs ou traducteurs.
Sébastien Harrisson
Février 2003
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