Entretien avec Ed Roy au sujet de son nouveau spectacle, de la créativité et des chaînes de production

De Harris Frost

Ed Roy, praticien de théâtre lauréat d’un prix Dora, s’est entretenu avec nous en juillet pour parler de son nouveau one-man-show The History of the World, qu’il développe actuellement en collaboration avec le PWM.

 

PWM : Pour commencer, pourriez-vous nous parler brièvement de ce nouveau projet sur lequel vous travaillez ?

Ed Roy : Je travaille sur un one-man-show qui s’intitule The History of the World et qui s’inspire d’une sorte d’enquête au sujet de mon enfance et des gens qui m’ont élevé. C’est à la fois une leçon et un récit. La pièce traite des liens entre l’histoire personnelle des conférenciers, ma propre histoire personnelle et des événements historiques. Et comment des événements de plus grande importance dans l’histoire peuvent venir changer nos vies de façon inconsciente.

PWM : Vous parlez de la pièce comme étant une œuvre hybride. Qu’est-ce que cela implique ?

Ed Roy : Eh bien, elle est interactive, dans un sens. Je propose non seulement une thèse, j’interagis également avec le public en lui posant des questions sur sa propre relation avec l’histoire et la conscience. Il y a donc cet élément, en plus des aspects théâtraux.

PWM : Je suis tombé sur une vidéo datant de 2013 dans laquelle vous interprétiez votre première version de cette pièce. Dans quelle mesure a-t-elle évolué au cours des cinq dernières années ?

Ed Roy : J’ai été enseignant à l’Université de Guelph et c’est là que j’ai vraiment développé mon style en tant que conférencier. Ce que j’ai découvert, c’est que mes élèves n’avaient pas de vue d’ensemble de l’histoire, de la culture, de l’art et de la façon dont ces sujets se recoupent avec leur propre esprit créateur. Et cela m’a inspiré à me mettre à développer une impro de trois minutes et demie intitulée The History of the World in 3 ½ Minutes. J’ai commencé à m’étendre graduellement sur ce sujet au cours des années qui ont suivi. Plus tard, lorsque j’étais au festival Rubaboo à Edmonton, le coordonnateur du festival m’a suggéré d’en faire une version, à la toute dernière minute. Je l’ai exécutée sans notes ou quoi que ce soit d’autre. Cela a duré quatre heures.

Lorsque nous en sommes arrivés à l’atelier [en 2013] que vous mentionnez, je commençais à jouer avec des éléments physiques et je me suis dit : « Pourquoi est-ce que je donne des leçons sur l’histoire du monde ? » et j’ai donc commencé à intercaler ma propre histoire personnelle dans la pièce parce que j’avais commencé à faire des recherches au sujet de mon histoire personnelle. Et mon histoire personnelle était vraiment troublée. J’ai donc commencé à l’incorporer dans ce genre de leçon. Mais c’était encore très cru.

La fusion des histoires personnelles et de la leçon sur l’histoire n’était pas encore tout à fait mûrie, mais l’idée y était. Et depuis ce moment-là et jusqu’à aujourd’hui, ce projet m’est resté dans la tête. La pièce telle qu’elle est aujourd’hui cannibalise beaucoup de ce qu’il y avait dans ces versions originales, donc je me retrouve vraiment avec trois pièces qui se sont fusionnées en une seule. Pour moi, c’est comme un tableau. Lorsqu’on regarde une peinture, on voit en effet le résultat de bien d’autres peintures superposées sous le résultat final que nous observons. C’est ça, cette pièce. Et c’est aussi ça, l’histoire.

PWM : Dans quels genres d’espaces avez-vous l’intention de présenter cette pièce ?

Ed Roy : Je ne sais pas encore exactement, mais j’ai eu l’idée de la présenter dans une salle de cours. Parce qu’une salle de cours, c’est invariablement un environnement théâtral. Tous les ingrédients nécessaires à la création de théâtre s’y retrouvent. Il pourrait donc être intéressant de faire ça là. La pièce demande un gigantesque ballon météorologique que j’utilise comme surface de projection ainsi que pour d’autres choses, alors pour cet aspect-là je n’en sais rien encore.

PWM : Pourquoi avez-vous choisi de travailler avec PWM pour développer cette pièce ?

Ed Roy : Il y a eu un élément de synchronicité. Mais aussi, je suis originaire de Montréal. Quand Paula Danckert était là, je venais toujours passer. J’ai eu une discussion avec Emma il y a quelques années à propos de cette pièce parce que je cherchais un dramaturge.

Je pense que la dramaturgie fonctionne mieux lorsqu’il existe aussi une relation personnelle entre les artistes. Je suis moi-même dramaturge. Et pour moi, la dramaturgie demande quelqu’un de bien informé qui peut s’investir personnellement dans un projet. Le voyage devient ainsi partagé. Et au cours des deux derniers ateliers de développement, c’est ce qu’Emma et moi avons fait.

PWM : Quand la pièce sera-t-elle présentée en première ?

Ed Roy : Quelle audace !

Dans un monde idéal : en 2020 ou en 2021. Si c’était hier, ce serait encore mieux, mais la pièce a besoin de plus de temps. Nous nous précipitons si souvent vers cette idée du produit final. Et au début de ma carrière de metteur en scène et de dramaturge, nous montions des pièces très, très rapidement. Ou alors, on m’engageait comme metteur en scène pour un spectacle avec une période de répétition de dix jours, et ce pour une pièce qui n’était même pas encore terminée. Et cela m’a effectivement permis d’acquérir les compétences nécessaires pour monter des pièces très rapidement. Mais pour cette pièce-ci, j’ai établi des relations qui me permettront de travailler à ma propre manière.

PWM : Le fait que ce spectacle soit si personnel a-t-il une incidence sur la façon dont vous l’écrivez ?

Ed Roy : C’est vrai que c’est personnel. Mais tout ce qu’on fait est personnel. Je ne peux pas parler pour tout le monde, mais si je dois passer du temps avec un artiste et que nous allons monter un spectacle ensemble, je dois croire en son sujet. Et ça, ça représente un aspect de moi-même, d’une façon ou d’une autre. Donc, si un spectacle est à chier, je le prends personnellement.

PWM : Même dans le genre de situation dont vous parliez tout à l’heure où vous vous joigniez au processus à la toute dernière minute avec très peu de temps de répétition ?

Ed Roy : Je me mariais complètement à ces œuvres. Mais voilà le truc, je vivais aussi les mille morts lorsqu’elles ne fonctionnaient pas. C’est lorsque je me suis rendu compte que ça ne marchait pas pour moi que j’ai arrêté de participer à de tels projets. J’ai décidé à ce moment-là que je n’étais pas sur une chaîne de production ; si j’avais voulu l’être, j’aurais fait ce choix au début de ma vingtaine et je serais allé travailler dans une usine automobile. À mon avis, c’est un piège. Mais c’est le défi de ce domaine. Je ne peux pas prendre cette décision pour quelqu’un d’autre, mais quand j’entreprends un projet, je le prends personnellement.

Pour vraiment connaître quelque chose, pour trouver quelque chose d’original, il faut se débarrasser de beaucoup avant d’en arriver à quelque chose d’intéressant. Cela demande du temps. Donc, avec un projet qui s’est étalé sur une si longue période, il y a d’autres projets qui s’y sont insérés et qui ont, eux aussi, fait partie du processus. Parfois, on prend un projet qui était en veilleuse et tout à coup on est capable de le voir avec un regard neuf. Pour l’instant, tout ce que j’ai en tête, c’est ce projet. Et puis, plus tard, d’autres choses se manifesteront.