L’histoire du mentorat de la Fondation Cole pour les traducteurs émergents

 

–  Maureen Labonté, dramaturge-traductrice du PWM

Nos débuts

Emma Tibaldo et moi dînons ensemble de temps en temps. C’est une façon pour nous de maintenir le contact, de nous tenir au courant du travail de l’autre, de bavarder un peu, d’avoir des discussions animées et de travailler sur certains projets. Nous jasons de dramaturgie, de développement de pièces de théâtre et, bien sûr, de traduction. C’était lors d’un de ces dîners en 2009 que nous sommes tombées sur le sujet du processus de traduction proprement dit. Nous en sommes venues à nous demander d’où viendrait la prochaine génération d’artistes de la traduction théâtrale, puis à discuter longuement de la faisabilité d’enseigner la traduction pour la scène.

Bref, quelques réunions et quelques séances de remue-méninges plus tard, Emma a proposé à Barry Cole l’idée d’un concours qui encouragerait le développement de la relève canadienne de la traduction théâtrale. Barry a aimé l’idée et le reste, c’est de l’histoire ! La Fondation Cole a décidé de soutenir l’idée et de se joindre au Playwrights’ Workshop Montréal dans cette aventure.

Ce qui était à l’origine une unité de traduction a évolué en concours en 2012, puis en prix quelques années plus tard pour finalement se transformer en programme de mentorat tel que nous le connaissons aujourd’hui.

Comment et pourquoi cela fonctionne

Avant de postuler au programme de mentorat, l’artiste émergent doit choisir une pièce qui l’intéresse pour le projet de traduction et communiquer avec l’auteur de la pièce afin d’obtenir sa permission. Ce lien avec la pièce et avec l’auteur au tout début du projet démontre l’investissement de l’artiste dans l’œuvre proposée et signifie que le projet serait prêt à démarrer dès que l’équipe créative est informée de sa sélection pour le programme de mentorat.

Nos artistes

Alexis Diamond, auteure et librettiste, a été la première lauréate du Concours de la relève de la traduction de la Fondation Cole en 2012-2013. Elle a traduit Je n’y suis plus de Marie-Claude Verdier. La pièce qui en a résulté, I’m Not Here, a été produite et mise en scène par Alexis et sa compagnie Composite Theatre, puis sélectionnée pour faire partie du Summerworks Festival 2016 à Toronto, du Voilà Festival au Royaume-Uni et du BoucheWHACKED Festival à Vancouver. Alexis ne s’est pas arrêtée depuis ! Elle a traduit plusieurs pièces, dont une pièce jeunesse de Pascal Brullemans intitulée Vipérine/Amaryllis ainsi que Tarmac de Pascale St-Onge pour l’École nationale de théâtre, et a contribué aux traductions du dernier spectacle en tournée du Cirque du Soleil écrit par Olivier Kemeid. En janvier, elle s’est rendue à la Nouvelle-Orléans avec sa traduction de Minuit, Midnight de Marie-Hélène Larose-Truchon.

En 2014, c’est Johanna Nutter, artiste de théâtre montréalaise bien connue, qui s’est mérité le Prix Cole. Elle a travaillé à la traduction de Chlore de Nicolas Michon et Florence Longpré. Sa version anglaise, Chlorine, a été produite par sa compagnie de théâtre creature/creature au Centaur Theatre en octobre 2016 dans le cadre de la série Brave New Look du Centaur. Depuis, Johanna a traduit des pièces de Guillaume Corbeil et d’Annick Lefebvre et a été sélectionnée pour faire partie du premier programme CEAD-PWM Formation en traduction.

Melissa Bull a gagné le Concours de la Fondation Cole en 2015. Sa traduction de La recette de baklawas de Pascale Rafie, The Baklawa Recipe, a ouvert ses portes au Théâtre Centaur à Montréal en janvier 2018 avec mise en scène par Emma Tibaldo, directrice artistique du PWM. Melissa travaille déjà à sa deuxième traduction pour la scène, soit la pièce québécoise primée J’accuse d’Annick Lefebvre. Melissa est chroniqueuse pour la section « Writing from Quebec » du magazine Maisonneuve. Elle a publié un recueil de poésie intitulé Rue ainsi qu’un recueil de nouvelles intitulé The Knockoff Eclipse et a traduit des œuvres de Nelly Arcan et Marie-Sissi Labrèche, parmi d’autres.

Jordan Arseneault a reçu le Prix de la Fondation Cole en 2016. Il a travaillé à la traduction de Faire des enfants d’Éric Noël. Sa traduction River Bed a été mise en lecture publique au PWM en novembre 2017. La pièce a suscité l’intérêt de théâtres à Toronto. Jordan poursuit une maîtrise en traduction à l’Université McGill.

Il y a eu deux lauréats du Prix de mentorat en 2017-2018 – John Jack Paterson et Jennie Herbin. John Jack Paterson a travaillé sur Kiwi, une pièce pour jeune public (12 ans et plus) de Daniel Danis. La traduction a fait l’objet d’une lecture publique au PWM ainsi qu’à Vancouver au Festival BoucheWHACKED. Jennie Herbin a traduit Table rase de Catherine Chabot, pièce qui a connu un énorme succès en français tant à Montréal qu’en tournée. La version anglaise de Clean Slate, produite par le Talisman Theatre, a été présentée pendant trois semaines au printemps au Théâtre La Chapelle.

En 2019, c’est David Gagnon Walker qui a été sélectionné pour le programme. David est récemment diplômé du programme d’écriture dramatique de l’École nationale de théâtre et vient d’entreprendre une résidence d’un an comme artiste en résidence au Théâtre 2b à Halifax. Il travaillera à la traduction de La retraite de Gabrielle Chapdelaine.

L’avenir de la traduction théâtrale

Une note du PWM

Il a été si encourageant de témoigner du succès de chacun des récipiendaires de ce programme unique de mentorat depuis ses débuts ! Nous sommes impatients de découvrir les nouveaux projets qui seront entrepris par ces artistes talentueux dans l’avenir et de participer au développement de la relève de la traduction théâtrale pendant bien des années encore. Nous ne saurions trop remercier la Fondation Cole pour son soutien constant et inestimable qui permet à ce travail important de prospérer et de s’épanouir, et qui promet à la traduction théâtrale un avenir fructueux !

Cole Foundation