Lois Brown se prononce sur le génie, le papier et les micros

Lois Brown se prononce sur le génie, le papier et les micros

de HARRIS FROST

L’artiste interdisciplinaire Lois Brown répète actuellement sa nouvelle pièce I Am A Genius Does Anyone Here Know Me?. La pièce a été développée en collaboration avec la dramaturge et directrice artistique du PWM Emma Tibaldo et la dramaturge de danse Thea Patterson. Lois s’est entretenue avec nous en juillet lors de sa résidence en studio au PWM.

 

PWM : La pièce sur laquelle vous travaillez actuellement s’intitule I Am A Genius Does Anyone Here Know Me?, pouvez-vous nous en parler un brin ?

Lois Brown : Elle est passée par différentes versions. Il y a quelques années, je l’appelais The Papers Improvisation. Et même avant ça, ses racines remontent à l’époque où j’étais artiste en résidence au PWM. J’avais l’habitude d’écrire mes pensées sur papier à tous les matins. Et puis j’ai commencé à m’intéresser de plus en plus aux qualités du papier sur lequel je les écrivais, et à jouer avec celui-ci. Ça m’a amené à m’intéresser à différents objets et à ce qu’ils pourraient faire si je faisais de mon mieux pour ne pas avoir d’incidence sur ceux-ci. Et je voulais également jouer avec le micro, alors ça s’est transformé en une relation sonore.

Maintenant, pour cette résidence-ci, j’ai fait venir un compositeur avec qui j’avais envie de collaborer depuis longtemps. C’est la première fois que nous travaillons ensemble. Et, étant donné qu’une grande partie de cette pièce est basée sur les relations sonores entre différents objets, ce fut vraiment excitant de pouvoir l’inviter.

PWM : Vous avez décrit cette pièce comme une combinaison d’éléments improvisés et scénarisés.

Lois Brown : Ouais, il y a des choses dont je sais que je veux parler. Par exemple, je parle de la valeur de jouer sans objectif fixe. Être capable de reconnaître le génie des objets quand on regarde au-delà de leurs fonctions. Je veux donc combiner certaines de mes compétences en écriture et en structuration théâtrale avec mon intérêt envers la chorégraphie de pièces par des praticiens de la danse. J’improvise parce que je ne sais pas vraiment ce que la feuille de papier va faire quand je la touche, mais j’y travaille depuis si longtemps que j’ai une bonne idée de ce qu’elle pourrait faire.

PWM : Quelle a été votre première rencontre avec le PWM ?

Lois Brown : La première fois que je suis venue, c’était très court. C’était grâce à une subvention du Conseil des arts du Canada, et c’était à l’époque où Paul Dankert était directeur artistique. Et puis, quelques années plus tard, je venais d’être dans un accident, et Emma, qui prenait alors la relève de Greg MacArthur, m’a offert l’opportunité de devenir l’artiste en résidence. C’est arrivé au bon moment pour moi, parce que je ne pouvais pas me déplacer suite à mon accident. Je me suis vraiment attachée à cette organisation parce qu’elle m’a beaucoup aidée, et c’est devenu une sorte de chez-moi.

PWM : Et cette expérience fait-elle partie des raisons pour lesquelles vous avez choisi de collaborer avec nous sur cette pièce ?

Lois Brown : Ouais, mais aussi, étrangement, dans ma communauté à Terre-Neuve, il y a très peu de ressources à la disposition des petits artistes indépendants comme moi. Donc, pour moi, le fait de venir à Montréal pour répéter est en fait plus évident et moins coûteux que si je restais dans ma propre ville à Terre-Neuve pour faire ce travail.

PWM : Comment s’est passé la collaboration avec votre compositeur/collaborateur James O’Callaghan cette semaine ? D’autant plus que vous impliquez quelqu’un de nouveau dans un projet sur lequel vous travaillez seule depuis si longtemps.

Lois Brown : C’est vraiment effrayant, ouais. Avant l’arrivée de James, j’ai eu une réunion avec Thea [Patterson] et nous avons exploré ensemble certains principes qui ont inspiré le développement de la pièce, ainsi que mes pensées et mes idées pour la relation que j’allais avoir avec les objets. Et puis, avec James, nous avons commencé par passer en revue tous les différents objets et jouer avec eux indépendamment. Je lui montrais donc ce que j’avais fait avec un certain objet, puis il se levait et commençait à lui-même jouer avec le même objet. Les manipulations qu’il a découvertes était très différentes et beaucoup plus sophistiquées sur le plan sonore.

PWM : Pourriez-vous nous parler un peu du titre de la pièce ? Quel est son rapport avec ce que vous faites sur scène ?

Lois Brown : Eh bien, on apprend au primaire que tous les objets sont fait de la même chose, de la même matière. J’utilise donc ce fait comme point de départ pour examiner la façon dont j’essaie de contrôler les événements qui surviennent. Par exemple, j’essaie de raconter une histoire avec les sacs en plastique, mais si les sacs en plastique font quelque chose par eux-mêmes, cela devient plus important que l’histoire que j’essaie de raconter.

Et puis mon père portait une épinglette où il était inscrit « Je suis un génie ». C’était pour plaisanter, ou peut-être pensait-il vraiment qu’il était un génie. Dans tous les cas, il trouvait très intéressant le fait qu’on ne sait jamais quel genre de personne fait vraiment preuve de génie. Donc je pense que tout le monde est génie. Mais je veux aussi explorer le lien entre le génie et la mémoire. On peut paraître très intelligent lorsqu’on se souvient de beaucoup de choses.

I Am A Genius Does Anyone Here Know Me? jouera au Festival de nouvelle danse à Saint-Jean de Terre-Neuve le 4 octobre.